Mon expérience de la réforme de l'enseignement supérieur

Publié le par samya

Je fais partie de la « génération réforme » de l’enseignement supérieur : j’ai commencé à enseigner à la faculté dans le cadre du système LMD.

Le système LMD est comme la politique de construction des facultés. On pense qu’il suffit de « construire » des facultés pour améliorer l’enseignement supérieur. Pour le LMD, on pense qu’il suffit de copier sur les autres pour avoir un meilleur enseignement…

J’enseigne dans une faculté où le minimum pour un enseignement « normal » fait défaut. La bibliothèque est pauvre et les ordinateurs sont rares. Il  y a des imprimantes qui mettent des heures pour imprimer deux pages ! Pour le téléphone n’en parlons pas : il faut jouer des coudes pour en avoir un dans son bureau et ensuite jouer des coudes pour passer une communication via le standard débordé ! Bef, pour travailler, mieux vaut éviter la fac (en dehors des heures cours bien sûr !)

La conséquence : les professeurs travaillent dans la solitude la plus absolue, il est rare que les sujets ayant trait à la pédagogie soient traités entre collègues ou alors, si c’est fait c’est sous la forme suivante : « pfff, ne te casse pas la tête ! » !!!

La réforme a fait du professeur un administrateur et une secrétaire…Nous sommes en plein examens alors que nous n’avons assuré que quelques séances ! Encore cette année, les étudiants passeront l’année en examens et les professeurs en surveillance, corrections et calculs des notes !

De plus, il faut tenir compte du contrôle continue pour la note finale. Comment contrôler convenablement 400 étudiants, d’autant plus qu’un prof est en général chargé de plusieurs cours , donc de plusieurs groupes d’étudiants ?? Cette année, j’ai eu trois groupes : le premier : 400 étudiants, le deuxième  :300 étudiants et le troisième : 170 étudiants ! (et seulement au premier semestre !!).

Bien sur, tous les étudiants ne se présentent pas à l’examen, mais tout de même, est-ce sérieux d’exiger au delà de cent étudiants, qu’il y ait un contrôle continue ?

Il ne faut pas se leurrer, la plupart des prof se contentent de marquer la présence et octroient un 10/20 à tous les étudiants présents. Cette note est ensuite rajoutée à la note de l’écrit selon un pourcentage différent, par exemple : 70% pour la note de l’écrit et 10% pour celle du  « contrôle continue ». Celui-ci devient donc un contrôle de présence ni  plus ni moins.  Du coup, chaque année, le débat se présente pour les étudiants qui ne peuvent se rendre aux cours parce qu’ils travaillent…Cette année, nous nous sommes mis d’accord (enfin je crois !) pour les noter comme les autres, donc de leur mettre un zéro s’ils ne sont pas présents lors du « contrôle continu » !!

Une fois l’examen passé, nous avons une liste qui nous est fournie par les services administratifs pour qu’on puisse y insérer les notes et faire les calculs des notes octroyées aux étudiants (càd note du contrôle continu+ note de l’écrit). Chaque prof est responsable d’un module qui peut contenir jusqu’à trois matières, donc ce prof doit non seulement faire entrer sa note, mais aussi celles de ses collègues et faire tous les calculs qui s’en suivent pour donner la note finale. Cette opération est loin d’être facile surtout vu le manque flagrant d’ordinateurs disponibles ; bien sûr on peut travailler chez soi : entrer les notes et les ramener à la fac, mais ce n’est hélas pas aussi facile que cela puisque la liste qui est donnée au départ ne coïncide pas forcément avec la liste finale qui contient l’ensembles des modules !!!

L’année dernière, j’ai dû entrer les notes  au moins quatre fois ! Quand on est allergique aux calculs (et qu’on est pas censé au départ en faire !) et qu’on a plusieurs liste de 400 étudiants à faire, et qu’on plus on n’arrête pas de vous faire changer de liste, on fini par …péter un câble !

L’année dernière, mes listes étaient plein d’erreurs ! Nous étions une dizaine de prof à attendre que notre tour arrive pour entrer les notes dans la « sacrée » liste « caméléon » et tout le monde a commis des erreurs de calcul !

Bien sûr, on y a remédier, mais cela nous fallu des heures « inutiles » de travail acharné bien loin de nos domaines de compétences. Un prof peut être très à l’aise à vous parler d’un domaine très compliqué pour le commun des mortels, mais cela ne veut pas forcément dire qu’il est bon partout !

De plus, ceux qui ont fait la réforme, ont dû oublier que tous les prof ne sont pas forcément des crac en informatique. Je connais des prof qui ne savent même pas comment faire marcher un ordinateur et ce n’est pas une caricature !!! Bien sûr c’est de leur faute, mais la majorité des prof n’ont jamais suivi des cours d’informatique à la fac, alors comment peut-on leur demander d’appliquer ce qu’ils n’ont pas appris ?

Ceux qui ont « pensé » la réforme étaient sagement enfermés dans leur bureaux douillés, ils pensaient certes bien faire, mais ils auraient dû prévoir les conséquences,  logistiques notamment, de leurs résolutions…

Certains diront que la réforme a besoin de rodage, il est donc normal de cafouiller à ce stade, mais combien faudra t-il de « victimes » avant que la réforme ne soit vraiment rodée ?

Je crois qu’il est temps de faire le bilan de la réforme  en se posant la question suivante : où on est le niveau des étudiants ? Seule une enquête faite au niveau national peut nous donner la réponse…

 

En général, les personnes qui ont choisi l’enseignement supérieur le font parce qu’ils souhaitent aussi faire de la recherche. Avec le système LMD tel qu’il est appliqué dans certaines facultés, les professeurs  se sont transformés en  « exécuteurs » bien loin du monde de la recherche.

L’autre jour, je regardais les débat parlementaire et le Ministre de l’enseignement supérieur (et de la recherche ! ) disait, en réponde à un député, qu’il avait une bonne nouvelle à annoncer : deux nouvelles facultés seront « construites » à Khenifra et Ouarzazate !!!

 

Publié dans lionnedatlas

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