Profs de seconde zone

Publié le par LionnedAtlas

La réforme universitaire a prévu l’intégration de certains professeurs de l’enseignement secondaire au sein des universités afin d’assurer les cours de langue et de communication. Ces enseignants ne bénéficient d’aucun avantage accordé à leur homologues proprement universitaires tout en assurant un plus grand nombre d’heures et gèrent un effectif d’étudiants parfois dix fois plus élevé que celui des collèges et lycées.  Bien sûr, diraient certains, ces nouveaux profs ont le « prestige » de travailler au sein de l’université et ils se sont épargnés les nombreux problèmes que connaît notre enseignement secondaire (violence, délinquance, niveau bas, etc.).  Bien sur ces gens là viennent à l’enseignement supérieur parce qu’ils n’ont pas trouvé autre chose ailleurs, ils pensaient à tort qu’il s’agit d’une opportunité à saisir, mais dès qu’ils passent leur premier semestre, ils déchantent déjà.

Le pire, ce sont les autres, les « vrais » enseignants du supérieur, qui croient que ces nouveaux venus sont là pour les servir, pour les décharger des tâches pénibles, alors que le but de départ est autre…Ces enseignants sont là pour corriger les dégâts perpétrés par l’enseignement primaire et secondaire puisque le niveau des étudiants en langue est déplorable, mais l’importance de leur tâche contraste à la fois avec les moyens qui leur sont alloués et le degré de respect dont ils jouissent au sein des facultés : ils se considèrent eux-mêmes comme des « pions », des « bouche trous »…Bref, des enseignants de seconde zone, parce qu’ils n’ont pas de statut qui colle à leur cas, ils ne bénéficient ni des avantages du secondaire (effectif, vacances), ni de ceux de l’université  (rémunération, statut de chercheur, représentation syndicale ou au sein des instances universitaires)…

Et pourtant, ces nouveaux profs détiennent quelque chose que leur collègues « authentiquement universitaires » n’ont pas : ils ont suivi les cours de l’ENES, ce qui veut dire qu’ils savent ce que c’est que la pédagogie, chose que peu d’universitaires ne savent pas…

Il va sans dire qu’il y a malheureusement des très faibles chances que les premiers demandent aux seconds de les éclairer dans ce domaine (qui ne fait hélas pas partie des exigences des commissions de recrutement des profs universitaires), même si ça peut être à la fois plus pratique et plus rentable pour l’université…

La situation de ces nouveaux profs qui n’ont même pas de représentation syndicale propre (comment doit-on intituler leur syndicat ? syndicat des profs du secondaire ou du supérieur ? ou alors : syndicat des profs du secondaire, du supérieur ?).    

C’est bien compliqué tout ça ! Si au moins ils avaient un statut propre, on comprendrait. Leur présence est nécessaire au sein des universités, mais elle aurait dû être accompagnée de mesures adéquates afin de tenir compte de la spécificité de leur mission…qui est loin d’être simple...

Publié dans lionnedatlas

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Mounir 08/02/2008 13:36

Viens réfléchir avec nous, simples blogueurs sur la sauvegarde de l'enseignement au Maroc, suite à la réaction de notre ami blogueur Taha Balafrej.http://balafrejtaha.blogspot.com/2008/02/basta.html

dima 16/01/2008 11:01

ça me navre de le savoir. ça me fait penser à une secte élitiste repliée sur elle meme à laquelle on a accés que grace au diplome supreme. Les choses se passent différement ailleurs. merci pour ton texte et pour ton commentaire instructif.

Lionned'Atlas 09/01/2008 22:41

J'avoue que je n'y crois pas trop. D'après ma petite expérience, j'ai remarqué la réticence, voire le dédain, des enseignants universitaires ici à tout ce qui n'est pas "doctorat" comme si ce diplome était le césam, la panacé et que ceux qui en sont dépourvus sont des moins que rien...C'est caricatural peut être mais ô combien réel...Les psy auraient un champ fertil d'étude dans les universités marocaines...Il ne faut pas oublié que la vie d'un chercheur marocain avant le doctorat ressemble à un véritable enfer (aucune aide, il faut trimer pour avoir la doc parce qu'elle est rare ou détenue jalousement par les adminisrations, etc.) tout celà laisse des séquelles forcément...Bon je suppose que c'est dû à celà, peut être qu'un jour une étude psy pourrait nous éclairer davantage?

dima 07/01/2008 22:13

L'idée au départ est fort intéressante. Ils ne sont ni des pions ni des bouche trous à moins qu'ils ne se dévalorisent par eux meme et se considérent comme tels. Ils sont là pour une  mission qui consiste à pallier et remédier aux carences linguistiques de la génération actuelle des étudiants "universitaires". Je me hasarde quand meme et je pense qu'ils sont là pour réparer les dégats de la réforme de l'Arabisation entamée en 1977. A mon avis, ils ne devraient pas stagner dans cette position professionnelle. Leur mission devrait etre ponctuelle et limitée dans le temps. Une espéce d'emploi jeune de 5 ans, par exemple, pour un pré-cadre universitaire ayant obtenu un diplome de l'ENES. En tous cas ils sont voués à l'enseignement vu leur compétence au niveau de la pédagogie. Maintenant tant qu'ils ne sont pas protégés par un syndicat d'enseignant (quelconque) et que les débouchés sont à perte de vue, ils sont à la merci des conciences des professeurs universitaires.  J'espére, en tous cas, que les étudiants sauront tirer profit de la compétence de ces "enseignants" spécialisés dans le tutorat universitaire.