Impressions administratives

Publié le par LionnedAtlas

C’est en pénétrant l’enceinte de l’Adminisration que je me rends compte immanquablement  que mon droit ne m’a pas servi à grand-chose.

A chaque fois, j’appréhende le moment de la confrontation avec le "makhzen" ce qui semble étonnant pour une juriste. Les regards inquisiteurs des agents administratifs, les « revenez » demain, à 14h, m’indisposent... L’attente interminable dans les couloirs de supplice m’achève…

Ce qui m’impressionne et désole à la fois c’est le hiatus entre le zèle employé dans l’art du bâtiment et la médiocrité du service.

Mon droit m’aurait servi si j’arrivais à comprendre enfin cet acharnement à exiger une pile de document pour une simple besogne. Vous voulez avoir un certificat de résidence ? apportez donc deux photos (non pardon trois), un timbre, votre facture d’électricité, d’eau , de téléphone (mieux encore, votre quittance de loyer). ..Si au moins ils se mettaient tous d'accord sur le même nombre de documents!

Le Moqadem fait à chaque fois semblant de ne pas me reconnaître (ce qui en soi n’est pas mal !). Mais il ne faut pas se leurrer, ces questions interminables n’ont pour unique but que le désir de me soutirer quelques dirhams. Je sens le coup venir…lui n’en démord toujours pas, il continue de poser ses questions pour pouvoir se rappeler qui je suis, où j’habite au juste, dans sa tête il y a un « google earth » miniaturisé sauf que le sien est dix fois plus performant : il peut même situer les zones de richesses, les secrets de famille, les déplacements, les hobbies, les voyages, les visites, bref, je suis en plein « big brother » et je me dis que je n’en veux plus de son papier…

Face à l’échec de l’intimidation, arrive la technique de la complainte. Oui les moqadem ne sont pas bien payés, oui je sais combien cela coûte un litre d’huile et que quand on a des enfants il faut bien plus qu’un litre…

La paperasse c’est comme les poupées russes. Le certificat de résidence  n’est que l’une des pièces exigées pour renouveler le passeport. Il en faut plein d’autres...Ca se régénère!
 

J’ai beau étudier les prérogatives des Caids, Wali, etc. mais je me rends compte sur le terrain qu’il y a deux sorte de procédures : une procédure pour le commun des mortels et une procédure pour les initiés.

C’est ainsi qu’un agent de la Moukataa me dit sur un ton de confidence que pour renouveler mon passeport je peux zapper la case de la Moukataa et aller directement à la préfecture « si je connaissais quelqu’un là-bas ».

C’est ainsi que les initiés (comme j’aurais pu l’être si je connaissais quelqu’un) accèdent plus vite à leurs droits, alors que d’autres se perdent dans les dédales des couloirs des administrations.

Si au moins nous avions des chaises pour s’assoire. On dirait que l’Administration s’acharne à nous fatiguer, nous énerver, pour qu’on finisse par capituler…

Il y a le classique agencement des bureaux, qui vous transforme en un personnage du « Procès ».  Il y a le ton sarcastique des agents administratifs qui ne ratent pas une occasion pour vous sermonner sur votre ignorance en matière de paperasse administrative. Celle-ci se révèle du coup être une véritable branche du savoir que j'ignore..."Quoi tu ne savais pas qu'il fallait approter TROIS COPIES, LEGALISEES?". 


Mais ce qui m’exaspère le plus c’est le silence des lieux entre midi et 15h dans une Administration censée appliquer l’horaire continu.

Le silence cède la place au bal coloré des costumes, des dossiers, dès que 15h a sonné. On dirait une troupe de théâtre sortie des coulisses. Le travail peut reprendre jusqu’à 16h30 maxi! Ca se voit que ces gens là on fait leur sieste : tout d’un coup, c’est le branle-bas, les portes s’ouvrent et se referment en cadence, les dossiers font leur procession vers les bureau des chefs, l’odeur du thé à la menthe emplie les lieux… S’il ne faisait pas aussi chaud, on se croirait en pleine matinée...

Mon attente a duré deux heures. Je dois garder ce qui me reste de sang froid pour affronter la seconde étape.

Je tombe sur un étudiant qui travaille à la préfecture. Il se dirige vers moi, me salue, me demande ce que j’attends, je me rappelle vaguement de son visage, il me dis que je n’ai qu’à lui confier les documents. En une seconde je me retrouve dans la catégorie des initiés!

L’étudiant me rappelle que je lui avais collé un PV aux examens. Toute la scène me revient : Il refusait d’admettre qu’il avait triché et pourtant j’avais toutes les preuves en main. Il avait pleuré. J’étais restée de marbre. Il a dû passer en conseil de discipline... 

 

Tout d’un coup, je change encore une fois de statut. Il me demande de patienter et ne revient plus.  Il a peut être prévenu ses collègues que je suis la méchante prof...
J’aurais mon passeport dans un mois si tout va bien... Je viens d’apprendre qu’il y a aussi une troisième catégorie d’administrés : Moi… Je vous avez bien dis que mon droit ne m’a pas servi à grand-chose !

 

 

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harouda 25/02/2012 19:00


Je  viens  de  découvrir  votre  blog et  je  suis enchanté  ....


Bientôt  il  faut  faire  les  démarches  pour  prolonger  ou changer  votre  passeport , vous  allez  faire  le même 
parcours  de  combattant ,dans  le  labyrinthe  Makhzenien   peu  de changement  et  un  rien  de  transformation  et 
beaucoup  de  relâchement  , d 'inconsistance  et  guére d'acharnement  à la tache  . Je  me  suis  rendu  à un Consulat  en France
pour  demander un  document  d'état  civil  ; en  manipulant  mon  dossier ,  l'employé  idolent et  confus  me  rends  
12  photos  d'identité  qui  j'ai  fourni  aux  services  pendant  une  période  de  24  ans . j'ai  découvert 
mon  portrait  à chaque  seuil  d' âge ... 

Ibn Kafka 20/04/2008 12:06

Bravo! Je me dis que la véritable réforme de fond que pourrait engager un gouvernement, ce serait de supprimer la légalisation des documents...

Naim 20/04/2008 05:34

Bravo pour le style ! On dirait du Laroui en plus cynique ;-)A bientôt