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Mardi 29 avril 2008 2 29 /04 /2008 22:18

Hier j’ai eu un moment de solitude en plein cours sur la common law. Les étudiants, qui ont déjà du mal avec le Français, ont refusé de venir au séminaire sur la terminologie du droit anglais. Je les comprends. Mais alors que devrais-je faire de ce cours ? C’est bien cela le droit comparé ? Pour les besoins de mon cours, j’ai dû contacter d’autres prof, pour avoir leur vision de la chose. En général, il s'agit de prof d'universités étrangères. Mais, de manière générale, on ne peut enseigner le droit comparé sans parler de la common law. Ce système juridique est le deuxième au monde après le système romano-germanique applicable au Maroc. Les étudiants ont par ailleurs un autre cours sur la Chariaa. En première année, il est peut être précoce de leur enseigner cette matière (le droit comparé), mais en même temps, je suis convaincue des perspectives qu’elle présente.

Hier, je me suis également aperçue que les étudiants ne connaissent pas encore l’organisation judiciaire du Maroc, alors que cette matière est prévue dans le cours d’intro au droit (transformé à juste titre en cours de droit positif). A quoi ça sert de leur parler de la cours suprême des Etats-Unis s’ils ne savent pas encore le rôle de la notre ?

Que faut-il enseigner ? Un droit lointain inaccessible, souvent aux prof eux-mêmes, ou un droit de proximité enfermé sur lui-même ?

Je ne saurais répondre. Le droit des autres nous est de toute façon presque interdit. Ca coûte terriblement cher de suivre des cours de common law chez les common lawyers. Et puis pour ce que ça donne, c’est même pas la peine d’essayer...
Et pourtant…

Le Maroc, partie aux accords de libre échange avec les USA, ouvert à la mondialisation du commerce, aura besoin de juristes pluri-sytémiques. Dans d’autres pays appartenant pourtant au système romano-germanique, on forme des juristes en common law et même en droit chinois, conjoncture oblige…Alors pourquoi pas nous ?

Il est vrai que tous les juristes ne sont pas à la même enseigne. Qui étudie le droit Al Akhawayne n’est pas comme qui l’étudierai à la fac de Dhar El Mahras ou à IBn Zohr… Il y a juriste et juriste, même si tout le monde peut avoir accès à la langue, tout le monde ne peut pas avoir accès au droit fait dans d’autres langues. On n’apprend à la populas que ce qui peut lui permettre de travailler avec le strict minimum…Quels choix ont-ils donc ces étudiants à part devenir avocats, fonctionnaires ou à rigueur juges ?

Il ne faut donc plus s’étonner de la qualité des jugements, ni pérorer sur l’ouverture d’esprit des juges…

« Voici-ce-que-vous-allez-manger » comme dirait l’autre…

Aux lauréats des grandes écoles, les grands cabinets d’avocats, les sociétés multinationales, où ils excelleront en tant que juristes multi-systèmiques, alors que nos étudiants des facultés, trouvent encore aberrant qu’on leur donne des « lectures » à faire en anglais ou même en français…

Par LionnedAtlas - Publié dans : Enseignement de droit
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Commentaires

Voilà, c'est toujours un problème de bagage linguistique. C'est quand meme navrant qu'on s'abtienne d'assister à un cours de droit en français parce qu'on manie mal cette langue. Le tout est dans la racine et si nos gouvernants pouvaient traiter le mal à cet endroit là : étude et apprentissage des langues, dès les premières classes scolaires, seront bénéfiques pour les étudiants ultérieurement dans leurs parcours universitaires.

C'est bien de relever cette différence entre les étudiants d'Alakhawane et les autres facs comme Dhar el Mahras. Il est aussi subtil et intéressant de dire que tous les marocains ne sont pas logés à la meme enseigne : qui vient d'une certaine couche sociale ne lui permettant pas de suivre une scolarité décente alors qu'un autre est un nanti de par ses possibilités scolaires acquises grace à son origine sociale Ici et là. Ici et là peuvent un début de parcours scolaire européen avant de venir travailler aisément au Maroc avec des prédispositions que d'autres marocains "locaux" n'ont jamais connues.
Commentaire n°1 posté par dima le 30/04/2008 à 12h28
Quitte à aller à l'encontre de ce qu tu écris, il est normal que les juristes aient une perspective nationale. Le droit comparé est une matière facultative dans la plupart des pays (en France, en Suède par exemple), et de par la nature des choses, c'est le droit national qui constitue la matière principale sinon exclusive du travail des juristes (même si le droit communautaire a une importance réelle dans l'UE, mais le droit communautaire n'implique pas une connaissance du droit comparé). Je ne vois pas en quoi la situation marocaine changerait par rapport à celle de n'importe quel autre pays sur ce point précis.

Ceci étant, c'est surtout le législateur marocain qui aurait besoin de droit comparé, en faisant l'impasse sur le mimétisme français...
Commentaire n°2 posté par Ibn Kafka le 30/04/2008 à 16h05

Certes le droit comparé était longtemps relégué au second plan dans l'enseignement du droit. Mais, tel n'est plus le cas maintenent. De plus en plus, les universités en dehors du Maroc, l'insèrent dans leurs programmes, des centres spécialisés ont vue le jour (centre de droit américain à Paris, Centre de common law à Moncton, centre de droit comparé à Genève, etc.). Les juristes s'ouvrent au droit de l'autre parce qu'ils n'ont plus le choix.
Les juristes doivent d'abord connaitre leur droit national certes.  Ce que je reprochais justement dans ma note c'est qu'au Maroc il y a un manque de visibilité dans les programmes de droit dans la mesure où on prévoit d'enseigner le droit comparé à des étudiants qui ne connaissent pas assez leur droit national (et ne maitrisent pas l'outil nécessaire : la langue). Il ya aussi un manque de contrôle de l'enseignement puisque certains enseignants prennent la liberté d'abréger certaines matières en raison notamment du temps insuffisant qui leur est impartit...
Parallèlement, les grands cabinets d'avocats exigent de plus en plus des connaissances non seulement en droit national mais aussi en droit comparé et notamment en common law (surtout en droit des affaires).

Commentaire n°3 posté par Lionned'Atlas le 30/04/2008 à 18h58
avant de comparer, on doit déjà bien se connaitre comme tu dis si bien ;o)
Bises !!!
Commentaire n°4 posté par Carpe Diem le 30/04/2008 à 21h03

Tu sais rien qu'en regradnt les séries américaines j'ai appris plein de choses sur le common law ! sérieux. Le hic c'est que ça déforme après pra rapport à la réalité qu'on vit dans leplusbeaupaysaumonde.

C'est vrai que c'est pas évident d'intéresser les étudiants à des cours quand la langue n'est pas bien maitrisée. En France les profs, dans mon DESS et DEA, ont eu les mêmes problèmes. Mais, mes camarades de promo étaient bien obligés de s'y plier tout simplement parce que 95% de la litterature en management/gestion est de langue anglaise. Ce qui est traduit en français en constitue qu'une partie infine.

En tout cas bon courage à toi.

PS 1 : la photo me fait penser à un voeu que je dois m'appliquer à réaliser :))
PS 2 : Al Akhwayene et la fac de Dhar El Mahras ne jouent pas dans le même championnat!!!

Commentaire n°5 posté par une marocaine le 01/05/2008 à 23h48
Merci!
Oui on apprends bcp de choses à travers les films à procès américains... Mais encore une fois les étudiants ne regardent pas, hélas! L'idéal serait de leur faire des montages de films à partir de scènes clés.
Si t'as une idée sur la manière d'extraire des scènes à partir de cd... piratés...n'hésite pas.
Bon courage pour tes cours!
Laisse moi devinez ton voeux par rapport à la photo c'est devenir juge à la cour supreme?
Commentaire n°6 posté par Lionned'Atlas le 04/05/2008 à 14h21
Bonjour !
je prends connaissance de vot re blog car je suis a la recherche de travail au Maroc. J'enseigne le français langue etrangère général et ..juridique ! oui car je suis prof etudiante (mature j'ai 50 ans) en L3 de droit.
Je comprends votre etonnement et je pense qu'ils doivent manquer d'ouverture d'esprit. Pour ma part, j'ai une Licence d'anglais et j'etudie l ' ILEC de Cambridge car le droit comparé m'a passionné. J'aime la Common Law  mais aussi le SRG je trouve la precision et la finesse de la loi peuvent la temperer..Que diront vos etudiants lors de l'elaboration du code européen ? J'ai des problèmes aussi avec le subjonctif ou autre ils utilisent l'obligation (je dois...) bref ! moi je serai bien venue a votre conference si...je n' habitais pas..à Paris !!!
Cordialement
Commentaire n°7 posté par constance le 12/10/2009 à 16h15
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_____________________

dissertation
Commentaire n°8 posté par dissertation le 05/11/2009 à 12h18
Bonjour Constance, Merci pour votre commentaire et désolée pour le retard! Comme vous avez pu le voir mon blog est un peu laissé à l'abandon car je n'ai plus vraiment le temps depuis quelques mois. Bref, je trouve ca génial que vous ayez la chance de suivre le cours de Cambridge. Jaurais été heureuse de vous avoir comme conférencière dans ma faculté, malheureusement, je n'enseigne plus ce cours pour le moment et en plus je crains que l'université ne puisses prendre en charge des conférenciers venant de l'étranger (sauf parfois quand il y a des accords entre deux universités). Merci encore et bon séjour au Maroc.
Commentaire n°9 posté par LionnedAtlas le 07/12/2009 à 06h34

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