Théorie et pratique

Publié le par LionnedAtlas

Dans mon cours, je dois attaquer avec les étudiants les questions relatives aux pouvoirs des institutions constitutionnelles, le Roi, Parlement et Gouvernement. Déjà aux premières séances, j’ai remarqué les regards ébahis de mes étudiants, leurs sourires à peine dissimulés…C’est comme si j’étais en train de raconter une blague ! Et pourtant, raconter le droit constitutionnel à des étudiants au courant des pratiques « constitutionnelles » est en fait un exercice délicat. Comment convaincre un(e) étudiant(e) dont le frère aîné a passé une année devant le parlement à crier et à se faire tabasser, que le parlement est une institution qui représente le peuple et qui exprime ses attentes ? Bien sur les étudiants ne sont pas dupes, mais l’enseignement académique occulte tout un pan du droit tel qu’il se vit et auquel il faudrait accorder autant d’attention que le reste. Il est temps d’ouvrir les portes du parlement aux étudiants pour leur permettre de vivre le droit. Il est temps de faire comprendre aux étudiants que le droit qu’ils apprennent n’est pas celui qu’ils vont retrouver par la suite, que ce qu’on leur enseigne n’est en fait que de la science fiction !
Hélas, beaucoup d’enseignants trouvent que ces questions ne méritent pas d’être traitées en cours parce qu’on se faisant on dépasse nos prérogatives à savoir expliquer le droit. Beaucoup croient à tort que parler de la pratique du droit c’est parler de politique et que comme c’est tabou, il vaut mieux éviter pour ne pas s’attirer des ennuis et de se voir retirer son gagne pain ! C’est ainsi qu’on prépare nos étudiants à ce que l’on pourrait appeler la « schizophrénie juridique ».

Publié dans Enseignement de droit

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