Le marathon universitaire

Publié le par LionnedAtlas

L’année universitaire a commencé au mois d’octobre dernier. Déjà on nous demande de terminer les cours, boucler (ou plutôt bâcler) le programme pour entamer les examens si possible avant l’aid ! Dans les tous les cas et même pour les « retardataires », les contrôles doivent être faits au maximum début janvier puisque le nouveau semestre est prévu pour début février ! Nous aurons ainsi à peine le temps de faire les rattrapages après avoir corrigé en moyenne 1000 copies (pour les plus chanceux ou les plus rusés). Nous avons donc eu à peine deux mois et demi pour enseigner le droit sachant que chaque prof a en moyenne trois matières à enseigner… Or, vu le nombre de prof et l’insuffisance des locaux, nous ne pouvons assurer qu’une séance par semaine et par matière, autrement dit nous avons eu en moyenne dix séances par matière ! Or si on compte les jours fériés, les jours de grèves, ces dix séances sont souvent réduites à la moitié. Même avec les rattrapages (souvent difficiles à programmer d’ailleurs en raison du manque de locaux), on arrive difficilement à finir le programme. Moralité : les enseignants se contentent souvent de renvoyer les étudiants aux polycopiés que ceux-ci s’empressent d’apprendre par cœur avant le jour « j ». Comme on dit : « notre marchandise nous est rendue ».
 
Chaque année, j’essaie d’anticiper ce problème en mettant l’accent sur les points essentiels du cours, en essayant de focaliser sur les problématiques que soulève le sujet du cours, mais rien n’y fait, je suis à chaque fois bousculée par les décisions du fameux « comité pédagogique », lui aussi institué par la réforme, et je ne suis pas la seule dans ce cas là.
Beaucoup d’enseignants ont l’impression que la réforme a un seul but : transformer la faculté en garderie des étudiants. Donc on les occupe un peu, on évite qu’ils ne s’endorment on leur présentant un menu varié, mais peu consistant : deux sessions par années, une panoplie de matières reliftées, aux titres pompeux (puisqu’il y a eu changement d’intitulés des cours mais souvent pas changement de contenu : exemple, l’introduction au droit désormais appelée droit objectif, mais dont le contenue est resté invariable depuis des lustres). Certes, c’est très dynamique comme approche, mais elle est loin d’être efficace. Une grande partie de l’année est « gaspillée » dans les examens : exemple, au mois de janvier et pour certains déjà au mois de décembre, ils vont remettre leur blouse de techniciens de la moukataa, aiguisé leur vision parce qu’ils s’apprêtent à passer de longues heures devants de longues listes de noms et de chiffres sur leurs ordinateurs... Ces opérations logistiques vont durer tout un mois ! Puis on enchaînera sur le deuxième semestre (avec la réforme on ne parle plus en année mais en semestre : donc il y a six semestres en tout). Les quelques jours de vacances qu’on devrait normalement avoir vers la fin du mois de janvier et début févier, vont servir à préparer les cours du deuxième semestre et surtout à dé-lobotomiser le cerveau trop habitué depuis un mois à la logistique…
Bref, à peine deux mois et demi de la rentrée, je suis déjà essoufflée et aussi…frustrée ! Même avec les rattrapages que j’ai pu dénicher surtout ce mois-ci (parce que certains enseignants ont déjà fini les cours, donc on récupère leurs amphis !), je n’arrive pas à me dire que le cours est terminé parce qu’il ne l’est pas tout simplement ! La nouvelle réforme nous impose une mission impossible parce que inhumaine, illogique, irréalisable, même avec toute la bonne volonté des enseignants, en admettant que ceux-ci en soient pourvu, ce qui n’est pas toujours le cas. Pour une grande majorité, la réponse à l’absurdité de la réforme, c’est de l’appliquer à la lettre…

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lionnedatlas 08/01/2007 21:51

Merci pour vos com et désolée pour ce retard!
Abeny : désolée si mes notes ont l'air pessimistes. Je ne fais qu'y relater ce que je vois au quotidien et encore je peux t'assurer qu'il y a des choses tellement bizarre que je n'arrive même pas à décrire!
La réforme ce n'est pas moi qui l'est choisie, j'aurais certainement proposé autre chose si on me l'avais demandé. La réfome est un système importé d'ailleurs pour des raisons économiques (réduire le nombre des années à l'uniersité) et pour harmoniser notre système avec le système européen...Les têtes pensantes (ou plutot copieuses) de la réfome sont parties ailleurs (retraite, DVD).
Ben Kafka: je suis assez pour la sélection à l'entrée, mais aussi pour le renforcement de l'orientation. une grande partie des téudiants est là juste pour ne pas se retrouver à ne rien faire.
Chakazoulou: le grévistes de la faim sont des docteurs ayant obtenu leurs diplome avant la réforme (encore elle!). L'Etat leur a promis de leur attribuer le statut de professeur de l'enseignement supérieur sans passer le concours (comme l'exige la réforme). Mais depuis rien n'a été fait pour régler leur situation. La réforme a eu lieu en 1997, donc je vous laisse deviner combien de temps ils ont dû attendre que l'Etat applique sa promesse...
En fait, pour les docteurs (ayant obtenus le diplome au Maroc ou en France) le concours est devenu obligatoire depuis 1997 comme l'exige aussi la loi française ("doctorat nouveau régime" que le dahir de 1997 marocain ne fait que copier). Mais détrompez  vous sur l'appelation : les concours n'ont rien à voir avec l'examen du CNE français par exemple; c'est plutot une seconde soutenance de thèse, une sorte d'entretien pour voir si le candidat est capable de parler en public, une formalité en somme. C'est l'antipode du CNE! Au Maroc, on considère qu'un personne ayant soutenu une thèse est capable d'enseigner à la faculté alors qu'en France on met la barre très haut (peut être même trop haut!).
Donc, non les diplome marocains ne sont pas considérés comme étant mieux que les diplomes français. Certains docteurs revendiquent par contre que le contraire soit de mise pour se rallier à la cause des grévistes.
Bref, c'est une véritable tarte à la crème. L'enseignement supérieur est un véritable casse tête chinois!

Chakazoulou 28/12/2006 03:58

Bonjour,
J'ai vu a la television qu'un groupe de professeurs etait en greve d ela faim pour demander la reconnaissance de leurs diplomes francais. Comme cela fait tres longtemps que je ne suis pas l'actualite du bled, j'ai ete surpris d'apprendre que les diplomes des universites francaises devaient passer encore un examen. Un examen pourquoi faire? Y a t-il une justification a cela? J'ai du mal a comprendre. Cela voudrait-il dire que les diplomes marocains valent mieux que les diplomes francais?
Je veux bien accepter que pour un diplome de Droit -surtout s'il se destine a la profession d'avocat- on lui fasse un test sur ces connaissances en Droit marocain. Mais pourquoi diable a t-on impose un examen pour des titulaires de Doctorat? 
J'ai ete choque et peine de voir une dame greviste de la faim dans un etat d'inconscience pour la neme fois. A la vue de ces images, je comprends que les universitaires ne revent que de partir au Canada.
Pourrais - tu  stp nous eclairer sur les tenant et les aboutissants de la question?
Merci
 
 

Chakazoulou 26/12/2006 20:54


Pour ce qui est des systemes, il est vrai que nous avons copie le systeme francais, mais le pire, c'est que les francais ont evolue depuis et nous pas vraiment. Ajoute a cela le fait que nos moyens, le nombre des etudiants, le dedain pour le Droit, considere comme le refuge des litteraires qui ne savent pas ou aller, ont fait que nous sommes entrain de produire une genration de "par coeuriste" sans aucune imagination. Tout le monde est responsable: l'Etat aussi bien que les profs opportunistes, dont l'acquisition de savoirs s'est arretee lorsqu'ils ont termine leur these. Rares sont les profs qui se battent pour l'amelioration des conditions d'enseignement. La ringardise de certains profs et surtout des partis et des syndicats est telle qu'elle laisse presager un enfoncement dans la mediocrite.

Les professiones qui se gausent du niveau du systeme francais ne connaissent pas forcement les autres systemes.

Je ne connais pas d'autres systemes d'enseignement pour faire une analyse comparative. Il y a toujours dans chaque systeme les aspects poistifs et les lacunes. Le systeme francais n'impose pas de selection a l'entree, mais filtre au fil des annees de maniere drastique. Le systeme des universites payantes (anglo-saxon) donne souvent des etudiants qui sortent avec un diplome, mais sans de veritables competences. Ils reussissent dans leur quasi totalite. J'ai eu a faire avec des diplomes des universites americaines ou canadiennes, je ne sais pas si c'est un manque de chance, mais je dois dire que dans l'ensemble leur niveau laisse beaucoup a desirer, surtout en Droit constitutionnel, en sciences politiques, en economie generale et pour resumer en culture generale. Mais je en peux genraliser et dire que c'est tout le systeme qui n'est pas bon. Il y a certainement d'excellentes formations formant d'excellents etudiants.

Un systeme qui ne comporte pas de sanction (selection) est voue a l'echec. C'est darwinien, mais c'est comme ca.
Salam 

Ibn Kafka 20/12/2006 23:16

Le système universitaire marocain est hallucinant, copiant ce qu'il y a de pire dans le système français (l'absence de sélection à l'entrée). Et dire que la qualité des juristes est critiquée par les professionnels du droit que je côtoie - ceux-là prétendent, sans doute par admiration béate pour tout ce qui est français, que les meilleurs juristes sont ceux ayant suivi une formation en France - mais ceux-là ne peuvent guère plaider en raison de leur lacunes en arabe.
Pour en revenir à ce que tu décris, crois-tu qu'une sélection préalable serait une bonne solution - avec des alternatives, genre formation professionnelle ou formations courtes pour les exclus?
La Suède, dirigée par la sociale-démocratie égalitariste de 1932 à 2006 avec quelques brefs intermèdes à droite, peu soupçonnable d'élitisme, a ce système depuis toujours, et je crois qu'il n'y a que les pays latins (Italie, Espagne, France)  pour ne pas avoir de sélection à l'entrée de la fac. Améditer.

Abeny 20/12/2006 22:39

Bonsoir,J'ai visité ton blog, il est intéressent, seulement je suis frappé par le pessimisme qui en découle. Es-tu râleurse par nature ou bien une perfectionniste qui n'est jamais contente. Tu parles de la réforme de l'enseignement comme s'il s'agit d'une fatalité qui vient d'en haut. Alors que vous, en tant que professeurs, vous devez être partie prenante dans cette réforme, afin de dire votre mot, pour ne pas la contester après. Je ne suis pas enseignant pour connaître comment cette réforme a été adoptée, unilatéralement, ou bien le gouvernement a fait participer les deux autres parties concernées, à savoir les enseignants et les étudiants. Dans tous les cas, d'après tes notes, je déduis que tu es jeune professeur, par conséquent ne te laisse pas envahir par le découragement  pour ne pas dire désespoir, car tu faits un métier noble qui demande sacrifice et abnégation.Parole d'un vieux fonctionnaire au bout de sa carrière professionnelle.Abeny