Le bilan

Publié le par LionnedAtlas

A chaque fin d’année, la même question lancinante s’impose : quel est le bilan de cette année ? Faire le bilan bien que cela puisses paraître agaçant contient tout de même une grande part d’espoir notamment lorsqu’on se rend compte que le bilan de cette année est bien meilleur que celui de l’année dernière…

Pour faire le bilan il faut donc avoir des bases, des repères pour juger de l’avancement ou de la décadence. En matière d’enseignement, à défaut d’une véritable politique claire et ficelée, il est difficile de s’avancer sur le terrain du bilan sans tomber dans la subjectivité. Fort heureusement d’ailleurs  parce que sinon ça risque d’être le clash total avec son lot de découragement et de désespoir…

Comme je suis censée être avant tout une enseignante chercheuse, je commencerai donc par la recherche et je dirai que le bilan est quasi nul. Les raisons sont évidentes : cinq matières par an aussi différentes les unes des autres, avec au milieu une semaine de libre vers le mois de février et une autre vers le mois d’avril.

Quand on essaie de s’arranger pour condenser les cours dans un mois histoire d’avoir l’autre mois pour enfin faire de la recherche, on doit jongler avec l’humeur de la direction et la bonne volonté des collègues  pour ne citer que ceux là.

Pour faire de la recherche, il faut disposer des ressources nécessaires. Je me rappelle encore de ma thèse où j’ai dû en apprendre énormément sur le marketing et la diplomatie (qui n’étaient pas du tout mes sujets de thèse)…Je crois qu’on ne le souligne pas assez, faire de la recherche au Maroc est un acte héroïque  (c’est à peine exagéré).

J’avais élaboré, histoire de me consoler, un journal de ma thèse, où je décrivais le déroulement de mes recherches et c’est frappant le hiatus qui existe entre la recherche au Maroc et la recherche en France, on s’en rend compte mieux quand on travaille sur un sujet de droit comparé (j’y reviendrai).

Quant au cours, si j’ai pu jouer sur le contenu en l’actualisant, le rendant plus accessible, attractif, etc.,  il est difficile d’en dire autant pour ce qui concerne sa « transmissibilité », le nombre des étudiants est en augmentation chaque année et il est difficile d’enseigner certaines matières en amphis (d’autant plus que l’esprit de la réforme est basée sur l’idée du suivi étroit des étudiants).  Il existe une solution : transformer les cours en TD et diviser les étudiants en groupes. C’est attrayant sauf que quand on a 800 étudiants (et encore heureux ils n’assistent pas tous au cours !), cela fait plusieurs séances de TD à se taper toute seule bien sûr. J’ai déjà testé,  et j’en ressors avec la conclusion suivante : à moins d’avoir un grand sens de l’héroïsme (ou alors une sacrée dose de masochisme), donner des cours de TD à quatre groupes d’affilé en répétant la même chose (le même cours) est inhumain…

Donc, retour à la case de départ : comment améliorer les cours, améliorer la méthode d’enseignement, en gardant le même nombre d’étudiants ?

Réponse évidente : il faut augmenter le nombre d’enseignants et espérer qu’ils vont se mettre d’accord sur une méthode…

Pour l’instant, j’ai l’impression que le seul souci du ministère de l’enseignement supérieur c’est d’augmenter le nombre des battisses servant à contenir des soi-disant facultés.

 

Je me permets donc de suggérer quelques solutions (au cas où) :

-         augmenter le nombre d’enseignants dans les facultés

-         exiger une formation en pédagogie lors du recrutement ou en donner (sous forme de séminaires) après le recrutement (Le professeur Harouchi insiste la dessus dans son ouvrage « la pédagogie des compétences ».)

-         prévoir des stratégies « pédagogiques » par les départements en coordination avec les conseils des universités : ces stratégies répondront notamment aux questions suivants :

o       qu’attendons nous des étudiants ? (du savoir faire ? des connaissances ?)

o       dans quelles perspectives ? (les rendre « aptes » à intégrer de suite le marché du travail ou en faire des futurs chômeurs ?)

  • o       que pouvons nous leur apporter en dehors des connaissances ? (autrement dit, pourquoi (ou comment remédier au fait que) les lauréats d’HEM, ESIG, ISCAE, etc. trouvent facilement du travail, sont demandés partout et pas les lauréats des facultés ?)

Bien sûr ces stratégies intégreront tous les points essentiels de la Charte de l’Enseignement comme l’ancrage de l’université dans son environnement socio-économique qui est encore loin d’être réalisé.

 

En attendant, nous continuons à travailler avec les anciennes méthodes, avec les anciens moyens, mais en utilisant le cadre pimpant de LA REFORME UNIVERSITAIRE. Nous avons des « choses » qui s’appellent des modules mais qui n’ont rien à voir avec un module. Exemple, le module intitulé « optionnel » qui aurait dû s’appeler le module fourre-tout parce que je ne vois pas ce que viendrai faire la terminologie juridique avec l’économie politique ou le droit comparé avec les sciences politiques, etc.

 

Mais, la réforme a tout de même réussi à réaliser des « exploits » du style : elle a, si j’ose dire, guillotiné une année d’étude, donc une année de bourses, elle va aussi  permettre à nos étudiants de continuer leur études en dehors du pays sans pour autant les obliger à demander des équivalences de diplômes (mais ça ne les empêchera pas de ramer pour se mettre à niveau).

Espérons seulement que quand ils seront de retour, ils puissent trouver une faculté digne de les (ré) accueillir…

Publié dans lionnedatlas

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LionnedAtlas 06/07/2007 15:48

C'est exactement ce que je me suis dit. Merci pour le lien!

Chahid 29/06/2007 05:38

Salam,
En parlant de recherche scientifique, de thèses et de thésards… il est quand même comme dirait Jean DEPREZ « regrettable que trop d’aspects de la réalité marocaine ne peuvent être connus qu’indirectement, par la voie détournée des relations personnelles et des conversations privées, et sans que le chercheur puisse s’appuyer sur des sources ouvertement avouées qui souvent existent mais ne lui sont pas communiqués ».(Jean DEPREZ, préface à Mohammed Ali MEKOUAR: La vente à crédit des véhicules automobiles). Je citerais aussi le dernier article du Monde http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-927983,0.html   qui décrit une situation similaire à la nôtre concernant le recrutement des enseignants et les « méthodes » des éléphants. Lisez le, vous allez dire « mais c’est nous là ! ». Bonne journée.