Les petits dictateurs (partie 2)

Publié le par LionnedAtlas

Ca peut atteindre des proportions extraordinaires, comme ce qui m’est arrivé ce semestre avec le coordonateur de filière. Tout a commencé quand j’ai fixé la date du dernier contrôle, je m’en suis tenue à la réforme qui incite à effectuer des contrôles continus plutôt que de juger les étudiants sur un seul examen. J’ai donc fait faire trois contrôles durant le semestre…mais quand les jours des examens sont arrivés (parce qu’il y en a qui continuent à faire comme s’ il n y a jamais eu de réforme universitaire et font passer un gros examen aux étudiants), on a programmé ma matière  bien que j’aie précisé que j’avais déjà fait mes contrôles…Bref, pour « me punir », le chef a déclaré partout, devant la commission pédagogique (les instances ! tafiil al hayakil !), au sein du conseil du département, aux étudiants (qu’il a traité de « patates » (ouach ntouma btata ???) parce qu’ils laissent la prof faire ce qu’elle veut sans s’indigner…) et il m’a déclaré qu’il ne tiendrait pas compte de mes notes, que ceux-ci seront annulés et que je dois absolument faire passer « le gros examen »…

Selon lui, le fait que j’ai surveillé toute seule les étudiants aurait pour conséquence que les résultats ne seraient pas objectifs dans la mesure où les étudiants auraient pu tricher…Quand je pense que ce même collègue, et plein d’autres, passe son temps  à déambuler dans les couloirs quand il a une surveillance d’examens, quand je pense à l’armada de profs qui vient scruter certains amphis ou salles non pas parce qu’ils veulent traquer les tricheurs, mais parce que, par hasard, dans ces amphis ou salles se trouve la/les pin up de la fac…Tout le monde le sais, tout le monde connaît leur magouilles, mais ils doivent penser que personne ne se rend compte de rien…rames-papier-aquarelle.1242626963.jpg

Pour une rame de papier, il vaut mieux être dans le clan du chef, sinon quelle humiliation ! L’autre jour, en allant demander ma part de papier, j’ai halluciné en entendant le chef me demander « c’est pourquoi faire ? », « mais c’est pour me torcher le c… pardi ! Justement il n’y pas de papier toilette aux toilettes… » aurais- je du répondre (l’état des toilette universitaire est si, comment dire ? Mais ne-nous-égarons pas !). Je me suis abstenue de faire une quelconque remarque désobligeante et j’ai ravalé ma dignité quand il m’a demandé combien de papier je voulais, « un, deux, trois… »… Il a commencé à compter les feuilles de la rame de papier fourni par l’administration et j’ai su que dorénavant je devrais ramener mon propre ravitallement. Et c’est là que j’ai pensé avec beaucoup de nostalgie à mon bureau quand j’étais thésarde dans une ville au-delà de la Maditerranée, quand j’avais tout le papier que je voulais, l’encre d’imprimante que je voulais, un bureau confortable, tellement confortable que je ne le quittais presque jamais ! C’est comme si je pressentais ces jours de vache maigre à venir où on compte le papier en mouillant son index, et où on vous demande le regard inquisiteur : « c’est pourquoi faire ? »…

Alors, bien sûr que je frôle l’hystérie quand j’obtiens une signature, une bonne rame de papier ou une cartouche d’encre, quand je fais jouer mes  relations ou quand je suis là par hasard lors de la distribution de la manne par l’administration…J’ai appris qu’il vaut mieux ne pas en faire tout un plat, ca énerve le chef et sa horde, ca jacasse dans les couloirs et ca vous colle tous les sobriquets, c’est pas bon pour le moral…

Décidemment, la révolution universitaire ce n’est pas moi qui la ferais. Je manque atrocement de cet atout ô combien utile sous nos beaux cieux : l’art de perdre son temps dans les futilités… 

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