Samedi 19 avril
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C’est en pénétrant l’enceinte de l’Adminisration que je me rends compte immanquablement que mon droit ne m’a pas servi à grand-chose.
A chaque fois, j’appréhende le moment de la confrontation avec le "makhzen" ce qui semble étonnant pour une juriste.
Les regards inquisiteurs des agents administratifs, les « revenez » demain, à 14h, m’indisposent... L’attente interminable dans les couloirs de supplice m’achève…
Ce qui m’impressionne et désole à la fois c’est le hiatus entre le zèle employé dans l’art du bâtiment et la
médiocrité du service.
Mon droit m’aurait servi si j’arrivais à comprendre enfin cet acharnement à exiger une pile de document pour une
simple besogne. Vous voulez avoir un certificat de résidence ? apportez donc deux photos (non pardon trois), un timbre, votre facture d’électricité, d’eau , de téléphone (mieux encore, votre
quittance de loyer). ..Si au moins ils se mettaient tous d'accord sur le même nombre de documents!
Le Moqadem fait à chaque fois semblant de ne pas me reconnaître (ce qui en soi n’est pas mal !). Mais il ne faut
pas se leurrer, ces questions interminables n’ont pour unique but que le désir de me soutirer quelques dirhams. Je sens le coup venir…lui n’en démord toujours pas, il continue de poser ses
questions pour pouvoir se rappeler qui je suis, où j’habite au juste, dans sa tête il y a un « google earth » miniaturisé sauf que le sien est dix fois plus performant : il peut
même situer les zones de richesses, les secrets de famille, les déplacements, les hobbies, les voyages, les visites, bref, je suis en plein « big brother » et je me dis que je n’en veux
plus de son papier…
Face à l’échec de l’intimidation, arrive la technique de la complainte. Oui les moqadem ne sont pas bien payés, oui je
sais combien cela coûte un litre d’huile et que quand on a des enfants il faut bien plus qu’un litre…
La paperasse c’est comme les poupées russes. Le certificat de résidence n’est que l’une des pièces exigées pour renouveler le passeport. Il en faut plein d’autres...Ca se régénère!
J’ai beau étudier les prérogatives des Caids, Wali, etc. mais je me rends compte sur le terrain qu’il y a deux sorte
de procédures : une procédure pour le commun des mortels et une procédure pour les initiés.
C’est ainsi qu’un agent de la Moukataa me dit sur un ton de confidence que pour renouveler mon passeport je peux
zapper la case de la Moukataa et aller directement à la préfecture « si je connaissais quelqu’un là-bas ».
C’est ainsi que les initiés (comme j’aurais pu l’être si je connaissais quelqu’un) accèdent plus vite à leurs droits,
alors que d’autres se perdent dans les dédales des couloirs des administrations.
Si au moins nous avions des chaises pour s’assoire. On dirait que l’Administration s’acharne à nous fatiguer, nous
énerver, pour qu’on finisse par capituler…
Il y a le classique agencement des bureaux, qui vous transforme en un personnage du « Procès ». Il y a le ton sarcastique des agents administratifs qui ne ratent pas une occasion pour vous sermonner sur votre ignorance en matière de paperasse
administrative. Celle-ci se révèle du coup être une véritable branche du savoir que j'ignore..."Quoi tu ne savais pas qu'il fallait approter TROIS COPIES, LEGALISEES?". 
Mais ce qui m’exaspère le plus c’est le silence des lieux entre midi et 15h dans une Administration censée appliquer l’horaire continu.
Le silence cède la place au bal coloré des costumes, des dossiers, dès que 15h a sonné. On dirait une troupe de
théâtre sortie des coulisses. Le travail peut reprendre jusqu’à 16h30 maxi! Ca se voit que ces gens là on fait leur sieste : tout d’un coup, c’est le branle-bas, les portes s’ouvrent et
se referment en cadence, les dossiers font leur procession vers les bureau des chefs, l’odeur du thé à la menthe emplie les lieux… S’il ne faisait pas aussi chaud, on se croirait en pleine
matinée...
Mon attente a duré deux heures. Je dois garder ce qui me reste de sang froid pour affronter la seconde
étape.
Je tombe sur un étudiant qui travaille à la préfecture. Il se dirige vers moi, me salue, me demande ce que j’attends,
je me rappelle vaguement de son visage, il me dis que je n’ai qu’à lui confier les documents. En une seconde je me retrouve dans la catégorie des initiés!
L’étudiant me rappelle que je lui avais collé un PV aux examens. Toute la scène me
revient : Il refusait d’admettre qu’il avait triché et pourtant j’avais toutes les preuves en main. Il avait pleuré. J’étais restée de marbre. Il a dû passer en conseil de
discipline...
Tout d’un coup, je change encore une fois de statut. Il me demande de patienter et ne revient plus. Il a peut être prévenu ses collègues que je suis la méchante prof...
J’aurais mon passeport dans un mois si tout va bien... Je viens d’apprendre qu’il y a aussi une
troisième catégorie d’administrés : Moi… Je vous avez bien dis que mon droit ne m’a pas servi à grand-chose !
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